Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood







DISCUSSIONS : 48




MessageSujet: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Sam 5 Nov - 18:01

Le temps était gris, pluvieux. Un temps d'automne. Depuis qu'il était arrivé à Daggerhorn, le Père Salomon n'avait pas eu un seul instant de repos. Il n'avait cessé de courir d'un bout à l'autre du village pour mener son enquête afin de dénicher les Loups-Garous, ces créatures de l'Enfer. Aujourd'hui, Vendredi Saint, il était allé enquêter du côté du cimetière. Les morts pouvaient apprendre bien des choses sur les vivants parfois.

Bien emmitouflé dans sa longue cape d'un rouge éliminé, les mains protégées par une épaisse paire de gants, son épée à la ceinture, le Père Salomon parcourait lentement les allées du cimetière, lisant attentivement chacun des noms gravés, retenant chacun d'entre eux, les causes et dates de mort. Plusieurs noms revenaient souvent, sûrement d'anciennes familles du village. Mais des indices indiquant d'éventuels Loups-Garous, il n'en trouvait point.

Le vent soufflait, mesquin, le glaçant jusqu'aux os. Il n'avait d'autre envie que de retourner à l'auberge, demander un bon bol de cidre chaud et réfléchir, assis au coin du feu, bien au chaud. Il allait faire demi-tour lorsqu'il aperçut la silhouette d'une jeune fille, un peu plus loin. Ces longs cheveux bruns, ce manteau un peu plus riche que les autres, aucun doute n'était permis : c'était April Elena Ravenwood, la fille du chef du village.

Il s'approcha d'elle à pas de loup, elle n'était pas exemptée de suspicion. Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle, et par derrière son épaule lu le nom gravé sur la tombe. La mère Ravenwood. Intéressant. « Toutes mes condoléances. » Sa voix grave avait surgi de nulle part, la faisant sursauter. Il n'en avait que faire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur






avatar

Invité
Invité




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Dim 6 Nov - 9:53

J'étais venue au cimetière, inhabituellement heureuse. Oui je l'étais, il y avait eu du changement dans ma vie récemment, et mon habitude était de rendre visite à la tombe de ma mère pour lui raconter tout en pensée. Son avis m'importait, même de là où elle était. J'avais grandi en grande partie sans elle, j'étais devenue une femme sans elle, mais je ne pouvais m'empêcher de faire comme si je croyais qu'elle était quelque part à me suivre du regard, à me surveiller. J'y croyais sans y croire en fait. J'avais cessé de me demander si c'était stupide, et dès qu'il se passait quelque chose dans ma vie d'important je venais lui en rendre compte. Silencieuse, à regarder les inscriptions passées sur la pierre grise. Je ramenai systématiquement quelques fleurs, pas des fleurs d’enterrement mais des fleurs ramassées dans les champs ou des fleurs des bois. Petites, humbles. Ma mère était quelqu'un de simple, elle avait même eu du mal à se plier à la vie exemplaire attendue d'une femme de chef du village. Quand je venais, je ne prévenais personne. Mon père et mon frère seraient inquiets (ou pas) que je revienne toujours au même endroit malgré les années.

Après avoir déposé un bouquet de campanules dans une brèche de la pierre , je me relevai et restai un moment immobile, réfléchissant. Ma mère avait toujours voulu mon bonheur, j'étais certaine que si elle avait été là elle serait contente que je sois toujours avec le petit Blacksmith qui venait souvent à la maison. Bon, nous n'étions plus simplement des amis cela dit. Je me demandais si ma figure maternelle aurait approuvé. Je n'étais toujours pas mariée, à 18 presque 19 ans. Mais le bonheur ne passe pas forcément par là, hein maman ?

Je me retournai, coupée dans mes pensées par la vue d'une cape d'un rouge soutenu. Un RRH ? Que venait-il faire ici ? A vrai dire, je n'y prêtai aucune attention car je pensais que la silhouette irait méditer sur la tombe d'un proche comme totu le monde, ou passerait son chemin. Je fus donc fortement surprise d'entendre juste derrière moi:

- Toutes mes condoléances


Je sursautai et me tournai à demi, hésitant entre un poli "merci" et un "qui êtes-vous?" plus agressif. Je regardai mon interlocuteur, reconnaissant avec incompréhension le Père Salomon dont tout le monde parlait depuis son entrée fracassante au village. Que faisait-il là au cimetière ? Allez savoir pourquoi, je prenais cela presque comme une violation de ma vie privée. Debout devant cette tombe, c'était ma place, uniquement. Bien éduquée, je ne fis pas paraitre ce qui trottait dans ma tête et me contentai de répondre calmement bien que montrant ma surprise face à cette attention.

- Merci, mais cela fait longtemps. 10 ans, presque 11, une éternité pour quelqu'un d'aussi jeune que moi. Alors bien évidemment personne ne partageait ses condoléances pour une mort aussi lointaine. Je m'étais retournée face à la pierre tombale, mais cueillie par le silence, je me demandai quoi ajouter pour le Père Salomon. C'était un peu abrupt mais je demandai: Que faites-vous ici ? Les morts ne pourront pas vous dire ce qu'ils savent ... J'allais partir, bonne journée mon Père.

[Désolé trop long, je fais plus court la prochaine fois >o< ]
Revenir en haut Aller en bas







DISCUSSIONS : 48




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Mer 9 Nov - 17:04

La jeune fille lui répondit que c'était trop tard. Elle voulu prendre poliment congé, lui annonçant qu'il n'avait rien à espérer des morts, qu'elle allait partir. Elle se trompait. Bien sûr qu'on apprenait auprès des morts, le Père Salomon n'avait jamais connu de personnes plus bavardes que les morts. À voir le visage de la jeune fille, sa mère lui manquait terriblement. Au vu de la date gravée sur la tombe, cela faisait dix ans déjà. Le livres des décès de l'église n'ayant pu le renseigner sur la mort de Madame, il en déduisait facilement qu'elle avait disparue. Le journal de bord, à peu près tenu correctement par le bibliothécaire de l'église, l'avait informé d'une attaque de Loups Garous particulièrement agressive dix ans plus tôt. Il était facile de mettre cette disparition en relation avec cette attaque.
Et ce n'était qu'un travail d'observation, de déduction. N'importe qui pouvait le faire.

La jeune fille s'apprêtait à partir. Elle le dépassa dans un grand mouvement de manteau. Il ne bougea pas, ne la regarda même pas. Sa voix grave s'éleva, seule dans l'obscurité. « Votre mère n'est pas morte de maladie ou de vieillesse. Elle a été enlevée par les Loups-Garous d'après vous. Enlevée. Soit elle est devenue une des leurs. Soit elle est morte, dévorée. Vous le savez mais vous ne voulez pas y croire. — Il marqua une pause, se tourna lentement vers elle, la vit s'arrêter. Le vent lui fouettait le visage, faisant voler ses cheveux et sa cape. — Votre père a lancé une recherche n'ayant nullement aboutie, ainsi on la déclara morte d'une maladie incurable, on enterra le corps d'une inconnue et ce fut tout. Mais vous n'avez jamais cessé d'espérer. Ai-je tort ? À vous voir immobile, je sais que j'ai raison. »


Dernière édition par Père Salomon le Jeu 24 Nov - 16:57, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur






avatar

Invité
Invité




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Jeu 10 Nov - 18:19

Je le dépassai, avec la désagréable pensée qu'il ne devait pourtant pas rester seul au cimetière. Il n'était pas d'ici, c'était un étranger. Seuls ceux d'ici avait le droit de marcher entre les tombes de nos ancêtres, les fondateurs, selon moi. Alors que je faisais seulement quelques pas, je m'arrêtai nette.

- Votre mère n'est pas morte de maladie ou de vieillesse. Elle a été enlevée par les Loups-Garous d'après vous. Enlevée. Soit elle est devenue une des leurs. Soit elle est morte, dévorée. Vous le savez mais vous ne voulez pas y croire.

Ces paroles me mirent de mauvaise humeur. Non seulement parce que je m'étonnai avec stupeur de la quantité d'informations qu'il possédait sur moi, ma mère morte il y a 10 ans même ... Cela en disait long sur sa connaissance intégrale du village et se des habitants. S'il en savait autant de tout le monde, je ne doutais pas qu'il parvienne à dénicher les loups d'entre les villageois fourbes, mais d'un autre côté cela me faisait peur. Quelqu'un qui en savait trop était quelqu'un de gênant, de dangereux tout du moins. Je me renfrognai, ne me retournant pas avant qu'il eut finit de parler, également parce que c'était faux. Enfin, juste la fin, mais celle-ci me laissait un gout amère dans la bouche. Qui était-il pour penser qu'il était dans ma tête ? Dans mon esprit, il n'y avait aucune croyance, juste une certitude. Ma mère avait disparu, elle était morte, dévorée par les Loups. Et le doute avait diminué à mesure que le temps passait, si bien que j'étais convaincue que c'était cette hypothèse, l'unique vérité. Ma mère bien aimée, un Loup, un de ces monstres ? Impossible. C'était après la pleine lune qu'on ne l'avait pas retrouvé. Et quand bien même ma mère aurait été mordue par un loup en étant transformée, elle était trop bonne pour oser vivre dans cette condition. Elle se serait tuée, c'était forcé. Je n'imaginais pas d'autres solutions, ma vision était arrêtée depuis longtemps. Ce n'était pas ce vieil inconnu croyant tout savoir qui allait changer cela.

Je le regardai en silence, seul le vent faisant claquer ma cape troublait ce silence d'automne. Je n'avais pas envie de répondre pour être sure de ne pas m'emporter, et en même temps je brûlais de lui dire de se mêler de ses affaires au lieu de remuer le passé douloureux des villageois. On a assez de soucis dans la vie, pas besoin de se rajouter la peine d'un passé difficilement enterré. J'étais à deux doigts de tourner impoliment les talons, le laissant sans réponse, juste plus mélancolique qu'avant. Il affirma:

- Votre père a lancé une recherche n'ayant nullement aboutie, ainsi on la déclara morte d'une maladie incurable, on enterra le corps d'une inconnue et ce fut tout. Mais vous n'avez jamais cessé d'espérer. Ai-je tort ? À vous voir immobile, je sais que j'ai raison.

Je répondis avant de m'enfoncer encore plus dans mon mutisme, mais je pris soin de choisir mes mots, réfléchissant une seconde avant. Avais-je réellement de l'espoir ? Quel espoir, d'ailleurs ? J'avais espéré qu'elle reviendrait un jour, au petit matin, qu'elle nous apprenne qu'elle s'était perdue dans la forêt mais avait fini par retrouver le chemin de Daggerhorn. C'était stupide, insensé. J'avais donc établi la conclusion que, n'ayant pas retrouvé son corps, elle pouvait être partie pour de bon, et j'avais préféré penser que c'était de son plein gré. Cela me fendit trop le cœur de croire qu'elle nous avait abandonné pour chercher son bonheur personnel ailleurs. Alors je m'étais rende à l'évidence qu'elle avait fini atrocement, déchiquetée probablement par les Loups. Il m'avait fallu du temps pour me faire à cette idée horrible de la mort, pire que la vieillesse et la maladie. La tombe que je fleurissais était celle de ma mère car la plaque était à son nom, c'était le lieu qu'on avait choisi pour se recueillir auprès d'elle. Qu'importe qu'une autre repose à sa place dans le cercueil, qu'importe qu'on ait menti sur les causes de sa mort. Moi j'avais gardé le silence, hormis avec Harry mais il n'en avait jamais parlé à personne, mais je n'y avais jamais cru. Jamais. Alors le cœur léger de connaitre a moins une partie de la vérité que le Père Salomon ne connaissait pas, et à mon habitude, je parlai calmement:

- Oui, vous vous trompez. Je n'ai jamais cru que ma mère était d'une maladie incurable. Je sais. J'ai cessé depuis longtemps de croire qu'elle était encore vivante. Ce sont les Loups. Ces ordures, ils ne laissent rien que la mort et la souffrance. Ma mère n'est pas l'une des leur. Elle aurait préféré mourir que de devenir une des leurs, affirmai-je.

Au moins c'était clair, net. La vérité pouvait être rétablie après dix ans, cela ne changeait plus rien. Pour moi c'était important, pour le vieux RRH surement sans aucun intérêt. Je me livrai à une réflexion: que cherchait le Père Salomon à Daggerhorn, en fin de compte ? Son intention de nous débarrasser des loups, selon son discours pompeux à l'entrée du village, était surement honorable, mais il devait y avoir autre chose. Du moins, je le pensais parce qu'il y avait tout un tas d'autres villages attaqués par les Loups-Garous en Angleterre. Pourquoi avoir voulu commencer par Daggerhorn, malheureusement connue pour être le plus ancien foyer d'agression ? (à ce qu'on m'avait dit) Pouvait-il vraiment changer quelques chose à lui seul ? Si espoir perdu j'avais eu un temps pour ma mère, celui concernant une amélioration globale de la situation était éteint et bien froid.

- Dites-moi plutôt mon Père, repris-je, pensez-vous réellement que les Loups peuvent disparaitre ? Au fond de moi, quelque chose le suppliait de répondre à l'affirmative. Mais s'il le faisait, c'était un sot, un inconscient, un utopiste. Ils sont les plus nombreux, à Daggerhorn. Et un seul peut faire des choses horribles ... Je ne veux pas être défaitiste mais vous perdez votre temps ici. Rien ne vous y attache, contrairement à nous, vous feriez mieux d'aider des villageois qui ont de l'espoir.

[Et m*** désolé pour la taille, lisez pas le blabla au milieu au pire x) ]
Revenir en haut Aller en bas







DISCUSSIONS : 48




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Dim 20 Nov - 18:20

Il regarda un long moment la jeune fille avant de répondre. Comment pouvait-on être aussi stupide !? Comment pouvait-on croire avec autant de détermination que la foi humaine était aussi forte pour résister face aux Loups ? Comment cette petite idiote pouvait-elle croire que sa mère avait préféré mourir pour le Bien, avait résisté au Mal ? Qui, parmi les humains, pouvait Lui rester éternellement fidèle, même face à l'attrait du luxe de la liberté et des péchés que représente la menace des Loups Garous ? Personne.

« Lorsque la Terre fut créée, le Seigneur et le Malin se la disputèrent. Le Malin hérita de l'Ombre, le Seigneur de la Lumière. Ils créèrent chacun des êtres à leurs images : Notre Seigneur créa les humains, le Malin créa les Loups Garous. Alors, pourquoi disparaîtraient-ils puisqu'ils existent depuis toujours afin de nous tenter ? — Il se pencha sur elle, la forçant à le regarder dans les yeux, négligeant la fin de sa phrase. — Ton père doit posséder une liste des présumés suspects. Il me la faut. Maintenant. »

Son visage s'était fait dur, autoritaire. Sa voix était devenue glaciale et sévère. Il la regarda une dernière fois avant de la lâcher et de se redresser de toute sa hauteur d'un air impérial. Si elle n'était pas sotte elle obéirait et courrait chercher cette liste. Il attendrait ici. Pas trop longtemps.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur






avatar

Invité
Invité




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Mer 23 Nov - 15:54

Buté comme je présumais qu'il l'était, le vieil homme me fit un discours digne de la Bible à propos des temps immémoriaux où les humains et les Loups avaient été créés. On m'avait déjà servi des centaines de fois pareille histoire, et j'y croyais assez, sauf que cela m'attristait de me contenter d’une fatalité comme excuse pour ne rien faire. Les Loups s'en étaient toujours pris aux plus faibles. A ceux qui vivent dans la peur, comme nous. Ils faisaient de la triste réalité du village, aussi présents que ses habitants, intimement liés puisque faisant partie d'eux. Ce que je ne pouvais pas comprendre, c'était qu'on réduise à néant de voir le malheur disparaitre. Si l'on avait pas cet espoir, à quoi bon vivre ? Pourquoi perpétuer une misérable vie dans l'attente de mourir déchiqueté par les créatures du Diable ? J'avais envie de cracher cela à la figure du Père Salomon. Je me retins, gardant mes réflexions pour moi. Jamais je ne désespérerais de voir le nombre de Loups diminuer, s'il ne pouvait tout simplement disparaitre. Cet espoir me faisait vivre, et je tenais trop à la vie pour l'abandonner. D'une certaine façon j'étais aussi obstiné que cet homme. Il allait voir à quel point ...

Se penchant vers moi (je reculai légèrement par réflexe), il m'ordonna d'aller chercher la liste que mon père avait des principaux suspects loups-garous. C'était une longue liste, surement pleine d'erreurs, astucieusement cachée par mon père et bien évidemment secrète. Je le savais pour l'avoir lue, dans l'intimité de la solitude. Je n'en avais parlé à personne bien sur, hormis Harry. Mais il ne faisait pas l'ombre d'un doute que le RRH ne tenait pas l'information de lui. Alors d'où ? Surement était-ce une simple déduction logique. Tenir un dossier d'archives, c'était tout à fait plausible de la part d'une chef de village apeuré. Je sentais la certitude dans la voix du Père, mais il n'avais aucune preuve. Et moi, rien à me reprocher en énonçant un pur mensonge, qui quelques semaines plus tôt m'aurait paru tout à fait réel:

- Je n'ai pas connaissance d'une telle liste, mon Père ! S'il y en avait une, on aurait des suspects à traquer, ce qui n'est pas le cas. Mon père ne m'en a jamais parlé. Cette dernière phrase se révélait être la seule de juste, la seule de vérifiable également. Mon ton était tout à fait franc, sans peur, juste désolé de l'inexistence du précieux document. Refoulant l'agacement que m'évoquait son ton hautain, j'avais parlé avec la modestie d'une ignorante. Je haussai les épaules, sans prêter une quelconque attention à sa sévère expression. Croyait-il qu'il était impressionnant, à vouloir impressionner sans succès? Quel imbécile. Il m'inspirait le dégout. Alors qu'il se fasse une raison, je serais avec lui aussi ouverte qu'une tombe. Après tout il disait qu'il pouvait les faire parler, prouvons le contraire. Je n'avais pas pour stratégie de défier qui que ce soit ni de le montrer, aussi je poursuivis sur le même ton innocent qui collait si bien à l'image qu'on se faisait de moi. Une pauvre jeune fille à des miles d'être soupçonnée. Cela avait du bon de paraitre désespérée.

- Si vous avez besoin de quelque chose, demandez lui directement. Il se fera une joie de vous recevoir. Moi, je ne peux vous aider.
Revenir en haut Aller en bas







DISCUSSIONS : 48




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Jeu 24 Nov - 17:08

Il ne supportait pas qu'on lui opposât de la résistance. De la part d'hommes d'âge avancé, en pleine force de l'âge ou d'adolescents, le le tolérait moyennement. De la part de femmes et d'enfants, cela lui était intolérable. Son regard froid, déjà peu enclin à la sympathie, devint glacial. Son visage sévère devint dur. Sa main se referma sur la garde de son épée, il s'empêcha de gifler la jouvencelle. Non. Il ne le devait surtout pas. De plus, elle était la fille du chef de ce maudit village.

« Ne me mens pas. Je sais que ton père est en possession d'une telle liste. Il me faut cette liste et tu vas me l'apporter. Maintenant. — Elle ne recula pas, à peine frémissante sous le ton couvert de sa voix. La toisa avec mépris de toute sa hauteur, il inspira profondément et se pencha sur elle. Tout près, tout près de son visage, à seulement quelques centimètres de son nez. Il sentait son haleine fraîche sur ses lèvres, mais il s'en moquait, la regardant droit dans les yeux, lui interdisant de ciller. — Si tu ne coopères pas, tu vas me forcer à te raconter comment est morte ta mère. — Silence. Il se redressa et la méprisa de nouveau. — Dois-je te décrire le bruit de ses os lorsque mon épée les broyèrent ? Dois-je te rapporter ses longs cris d'agonie avant qu'un de mes hommes, agacé, ne la décapite proprement ? Non, n'est-ce pas ? Alors va chercher cette liste. Et ne me fais pas attendre. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur






avatar

Invité
Invité




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood Jeu 24 Nov - 18:23

Son ton se fit encore plus glacé lorsqu'il insista. Il se pencha encore plus près, me menaçant ostensiblement en me faisant comprendre qu'il n'était pas dupe. J'en avais plus que marre de lui. J'avais peut-être fouiné dans les affaires de mon père - ce dont je n'étais pas fière -, mais d’une certaine façon je trouvais cela légitime car j'étais sa fille. Lui, non. J'étais décidée à ne pas coopérer car mes espoirs placés en lui avaient été remplacés par du dégout et de la méfiance. Si mon père gardait cette liste secrète, il devait avoir ses raisons et je lui faisais au moins confiance là-dessus. Que les RRH et citoyens de notre bon vieux village s'en occupent, pas ce Père Salomon sorti de nulle part. Et puis, je n'étais rien sensée savoir. Je m'écartai vivement d'un pas, changeant soudain de ton pour le calquer en quelque sorte sur le sien. Froid, indiscutable.

- Laissez-moi, sifflai-je. Je ne sais rien.

Le malaise me gagnant, j'avais laissé exprimé mon profond agacement de lui. Tant pis pour la courtoisie, elel ne s'appliquait qu'à ceux qui l'étaient en retour. Alors, qu'il aille au Diable. Il pouvait se faire déchirer par ses ennemis sous mes yeux que j'hésiterais à lui venir en aide. Il ne me laissa pas le temps de filer, s'approcha de moi si près qu'un frisson me parcouru la nuque. Non mais il était pas net ou quoi ? A quelques centimètres de mon visage, il me toisa de ses yeux froids et dit:

- Si tu ne coopères pas, tu vas me forcer à te raconter comment est morte ta mère.

Je stoppai net tout mouvement, interdite par sa déclaration. Qu'est-ce que c'était que ça ? Avais-je bien entendu ? J'eus infiniment de mal pour ne pas ciller d'un cil et maintenir mon regard à cette distance. Que racontait-il ? Il voulait vraiment me décrire en détail la mort de ma mère, en se basant sur des scènes qu'il avait du voir, de victimes des loups ? Je sentis une boule dans ma gorge face aux souvenirs ou plutôt aux cauchemars affreux qui avaient hanté ma tendre enfance dès qu'on me parlait des loups garous. Ma mère criant à l'infini face à une ombre de forme lupine jusqu'à ce que je me réveille en sursaut dans mon lit, trempée de sueur. Quel était ce monstre d'homme pour vouloir me raconter ça ? La vérité étant surement pire que ce que mon esprit de petite fille de 8 ans à l'époque avait pu se persuadé de croire.

Je pris une inspiration, mon corps se souvenant pour moi que j'avais besoin de respirer pour vivre. Mon pouls s'accéléra de plus belle alors que je n'eus pas le temps de répliquer quelque chose de vraiment peu poli parce que je sortais véritablement de mes gonds. Il prononça quelques phrases qui raisonnèrent et s'entrechoquèrent brutalement.

- Dois-je te décrire le bruit de ses os lorsque mon épée les broyèrent ? Dois-je te rapporter ses longs cris d'agonie avant qu'un de mes hommes, agacé, ne la décapite proprement ? Non, n'est-ce pas ? Alors va chercher cette liste. Et ne me fais pas attendre. entendis-je sans considérer la fin.

Mortifiée, mon regard se perdit dans le rouge de sa cape en velours. Mon cerveau refusait d'enregistrer ce que j'entendais. Non, impossible. Il mentait, il n'avait pas pu ... Les idées se s'entremêlaient dans mon esprit, de sorte qu'en l'espace d'un instant le e sentis tout à fait prise dans un piège. Un réalité atroce, que naturellement j'aurais voulu fuir. Mais le mal était fait. "Il ment pour me manipuler" me répétai-je en boucle pour ne pas céder à la tentation de le croire. Pourtant, plus les secondes qui me paraissaient infinies s'écoulaient, plus la tragédie qu'il m'imposait me semblait réelle. Qu'en savais-je ? J'avais comblé mon ignorance meurtrie pendant toutes ces années d'illusions préférables. Tout, plutôt que de perdre au fond de mon cœur une bonne image de celle qui m'avait élevé, apporté tant d'amour et tout simplement à qui je devais la vie.

Je secouai la tête, les larmes montant dangereusement à mes yeux. Non, non et non. Tant que je serais vivante je dénierai cette vérité. Je n'en avais que faire, c'était passé après tout ! Je ne voulais que fuir cet homme, ce montre en face de moi ! Mes beaux principes s'effritaient comme du sucre dans une tasse de thé, rongés par l'acidité de ses phrases qui s'accumulaient sur moi comme un étau m'empêchant de penser, de respirer. J'étais en pleine lutte intérieure et n'y tenant plus, je me mis à hurler comme je n'avais jamais eu l'occasion de le faire. Mon cri du coeur fendit les murmures du Père Salomon, le faisant presque sursauter par sa violence.

- NOOON ! VOUS MENTEZ ! Ma poitrine se souleva en tremblant tandis que je prenais ma respiration et tentai par la même occasion de reprendre le contrôle de moi. Vous mentez, vous n'étiez pas là il y a dix ans. Tout cela est faux ! Incohérent ! Vos paroles sont du poison. Vous mentez. Cela ne se peut pas ... Je ne vous crois pas, c'est faux ...

Ma raison avait essayé de reprendre le dessus, mais c'était peine perdue face à l'immense sentiment de détresse qui me tombait littéralement dessus. Savez-vous ce que provoque le soudain écroulement de toutes vos croyances ? La détresse, voire la folie. Le déni momentané, puis la lente souffrance de l'acceptation. Je me sentais comme une coquille vide. Vide de voix lui ayant déjà craché à la figure mon refus de le croire et d'avoir enchainé sur du charabia visant plus à me convaincre moi-même qu'autre chose. Cependant, je ne pouvais plus me bercer d'illusion comme c'était si facile à huit ans. J'en avais dix de plus, et donc moins naïve. Je ne faisais même plus confiance à ma propre version des faits car celle plus crue du vieux prêtre s'insérait dans mon esprit comme la peste. Pernicieuse, elle se donnait des allures de vérité. Une vérité plus mature, qu'il me faudrait accepter. Moi qui chérissais tant la vérité dans toute chose du monde, je n'avais d'autres choix.

J'éclatai en sanglots, nerveusement, tandis que le prêtre allait susurrer d'autres détails que je ne voulais pas entendre. J'étais trop choquée pour être prêtre à en écouter plus, j'avais atteint mes limites. Des larmes s'échappèrent de mes yeux malgré les barrières que je m'étais mentalement posées. Je ne voulais pas pleurer devant lui, je ne voulais pas lui donner l'occasion de juger de ma faiblesse. Mais après cette révélation, cela m'était impossible.

- Non ! m'exclamai-je vivement avant qu'il reprenne la parole. Pas besoin de plus me saigner le moral, c'était déjà fait.

- Alors va chercher cette liste. répéta l'homme d'un ton à la fois doucereux et machiavélique.

Je lui accordai un regard, qui s'il avait pu tué au sens propre quelqu'un aurait brûlé vif le Père. Je cédai de mauvaise grâce, désirant en finir le plus vite possible et par tous les moyens avec les Loups. Les loups garous, ma mère ... Je ne pouvais les assimiler, cela me faisait trop mal. C'était une plaie trop fraîche. Je tournai les talons et m’engageai d'un pas décidé vers la sortie du cimetière. J'attendis d'être retournée pour essuyer rageusement mes larmes d'un revers de manche et murmurai entre mes dents:

- Je vais la chercher, votre maudite liste.

-----------------

Je n'avais rencontré obstacle sur mon parcours. Les indiscrets se retournant lorsqu'ils voyaient m mine furibonde n'osaient pas me poser de question. Mon père était sans surprise absent, je n'avais même pas pris la peine d'aller voir si mon frère était en bas. J'étais monté directement à l'étage, pris ce qui m'intéressait sans un remord, et étais repartie aussi sec. J'avais fourré les minces feuilles de parchemins roulées dans mon manteau, à l'abri des regards.

J'avais beaucoup réfléchi sur le trajet, aller comme retour. Si j'avais agi la tête vide, anesthésiée par l'émotion, le temps avait fait son effet et j'y voyais un peu plus clair. Rien ne me permettait de trancher sur ce que m'avais dit le RRH. J'avais l'intime conviction que c'était possible voire probable, mais aucune preuve. En tout cas, j'avais digéré l'information une bonne dizaine de fois avant de parvenir à la conclusion que si c'était vrai, rien ne servait de s'énerver contre le père Salomon. Si ma mère était réellement devenue un monstre, il n'avait fait que son travail en la tuant. Il n'avait pas eu pitié, mais personne n'avait pitié de ses monstres, y compris moi. La meilleure chose à faire était de les tuer, proches ou pas. Une fois mordue, elle était condamnée.

Je revins face au Père Salomon et lui tendis directement l'objet de ses désirs. Je ne savais si mon père consultait régulièrement cette liste de suspects, mais s'il s'apercevait qu'elle lui manquait, jamais il ne me soupçonnerait. J'étais sa fille, sa précieuse et unique fille sage et dévouée, à l'image de maman. Le visage fermé, je dis d'un ton que je voulus aussi neutre que possible:

- Si telle est la vérité vous avez bien fait de tuer ma mère. Peu importe qui sont les loups, même innocents, nous n'avons d'autre choix que de les tuer.
Revenir en haut Aller en bas








Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Intrigue N°2 — Sujet personnel — ft. April E. Ravenwood

Revenir en haut Aller en bas





Page 1 sur 1